Derrière l’itinérance : une mobilisation humaine qui fait la différence
Chaque jour, des dizaines d’employés municipaux contribuent directement ou indirectement aux interventions liées à l’itinérance sur le territoire. Derrière ces actions souvent méconnues se trouvent des équipes mobilisées qui collaborent afin de concilier sécurité, inclusion, cohabitation et respect de la dignité humaine.
Pour mieux comprendre l’ampleur des actions déployées à la Ville de Saguenay, nous avons discuté avec Valérie Girard, conseillère au Service de la culture, des sports et de la vie communautaire, qui coordonne ce dossier aux côtés d’Audrey Lefebvre.
Une réalité plus proche qu’on le pense
Pour Valérie Girard, une chose est importante à rappeler dès le départ : l’itinérance n’est pas un choix.
« Personne ne choisit la rue. C’est souvent le résultat de ruptures, de pertes, de violences, de maladies ou de coups durs. À cela s’ajoute le coût de la vie qui monte en flèche. Personne n’est à l’abri. »
L’augmentation de l’itinérance est un phénomène observé partout au Québec et ailleurs dans le monde. Saguenay n’y échappe pas. Entre le dénombrement de 2022 et celui de 2025, le nombre de personnes en situation d’itinérance ou à risque de le devenir a doublé sur le territoire. On estime aujourd’hui que plus de 300 personnes sont touchées par cette réalité.
Les profils évoluent également. Davantage de femmes, de personnes âgées et de jeunes vivent des situations de grande vulnérabilité. Nous observons également une hausse du nombre de personnes habitant dans leur véhicule ou en campement : des conditions de vie très difficiles.
Compréhension et cohabitation, cela passe par la sensibilisation
Au-delà de l’absence de logement, ce sont souvent les jugements et les préjugés qui aggravent la situation.
« Derrière chaque personne en situation d’itinérance, il y a un être humain, une histoire et une dignité. Il faut reconnaître la personne avant la situation », souligne Valérie.
Lorsqu’un citoyen aperçoit un campement ou constate une situation difficile dans l’espace public, il ne voit souvent qu’une partie de la réalité.
« La méconnaissance de certaines réalités liées à la santé mentale, à la dépendance ou à l’itinérance peut générer beaucoup d’inquiétudes. Pourtant, ce qui dérange n’est pas nécessairement dangereux. Il est essentiel de distinguer ce qui peut déranger de ce qui représente réellement un danger. »
Favoriser le dialogue, l’ouverture et la compréhension demeure donc un élément clé pour bâtir une cohabitation harmonieuse dans les espaces publics.
Une Ville qui a dû s’adapter
Si les enjeux liés à l’itinérance existaient déjà, la pandémie a marqué un véritable point tournant. Au fil des années, la Ville a constaté une augmentation des occupations de l’espace public, des campements temporaires, des enjeux de salubrité, des problématiques de cohabitation et des demandes d’intervention provenant de citoyens, de commerçants, de propriétaires d’immeubles et de partenaires du milieu.
Les pouvoirs de la Ville de Saguenay sont définis par la Loi sur les compétences municipales. Ainsi, la Ville peut intervenir principalement sur les conséquences des enjeux présents sur son territoire, notamment en matière de salubrité, de sécurité, d’aménagement des milieux de vie, de médiation citoyenne, de gestion des campements et de l’espace public, de diffusion d’information et de soutien aux organismes.
En revanche, elle a moins de leviers pour agir directement sur certaines causes à l’origine de ces enjeux, comme les problèmes de santé mentale, les dépendances, les transitions à la sortie des centres jeunesse ou des établissements carcéraux, les questions de santé ainsi que les lois et programmes relevant des gouvernements provincial et fédéral.
Cette nouvelle réalité a amené la Ville à développer son expertise, à clarifier les rôles et responsabilités de chacun et à mettre en place des mécanismes de coordination de plus en plus solides.
« Avant, la Ville était rarement interpellée sur ces questions. Aujourd’hui, plusieurs services municipaux sont appelés à intervenir ou à soutenir des actions liées à l’itinérance, à la dépendance et à la santé mentale », souligne Valérie.
Elle ajoute : « C’est un peu comme un iceberg. On ne voit que la pointe. Derrière chaque intervention, il y a une importante mobilisation d’équipes municipales certes, mais également de partenaires qui cherchent à réduire les risques, améliorer les conditions de vie des personnes concernées et maintenir des milieux de vie sécuritaires pour tous. »
La gestion des campements illustre bien cette réalité. Chaque dossier nécessite une analyse approfondie, de la concertation avec différents partenaires, une évaluation des risques et une attention particulière au respect des droits et de la dignité des personnes concernées.
Un travail de fond déjà bien amorcé
Bien avant que l’élaboration d’un plan d’action soit annoncée, plusieurs initiatives étaient déjà en place.
Au cours des dernières années, la Ville a notamment :
- élaboré une procédure de gestion des campements avec la collaboration des services municipaux et des équipes de travail de rue;
- participé à l’implantation de différents services destinés aux personnes en situation d’itinérance;
- contribué à des projets comme SAPORA, UNIS, TAPAJ et les interventions en bibliothèque;
- adapté certains aménagements urbains en fonction des besoins des populations vulnérables;
- développé un guide d’intervention bienveillante;
- participé activement aux instances de concertation locales, régionales et provinciales;
- mis en œuvre différentes mesures favorisant la cohabitation harmonieuse dans l’espace public, etc.
Ces démarches ont permis de mieux comprendre les réalités vécues par les personnes vulnérables, mais aussi les défis auxquels sont confrontés les employés municipaux appelés à intervenir sur le terrain.
Une mobilisation impressionnante à l’interne
Lorsqu’elle parle de l’évolution du dossier, ce qui marque le plus Valérie Girard est la mobilisation des équipes municipales.
« Je constate chaque jour le travail d’équipe, la solidarité entre les services et la volonté de bien faire les choses. Les collègues font preuve d’ouverture, de sensibilité et d’un grand respect envers les personnes vulnérables. »
Les interventions liées à l’itinérance touchent aujourd’hui de nombreux services municipaux. Cette collaboration permet d’assurer des interventions cohérentes, adaptées aux réalités du terrain et respectueuses des droits des personnes.
« Chaque situation est différente. En travaillant ensemble, nous mettons en commun nos expertises, nous partageons nos réalités et nous prenons des décisions plus éclairées. »
Le tournant de 2025
L’année 2025 a marqué une étape importante. Reconnaissant l’ampleur des enjeux, la direction générale et le conseil municipal ont confirmé leur volonté d’élaborer un premier plan d’action municipal en matière d’itinérance.
Une structure collaborative a été mise sur pied afin de soutenir les opérations terrain, faciliter le partage d’information et accélérer la prise de décision lorsque des situations complexes surviennent.
Pour Valérie Girard, ce leadership assumé a fait une réelle différence.
« Nous sentons toute l’importance accordée au dossier. L’écoute est au rendez-vous et il y a une volonté claire de soutenir les équipes et de travailler en collaboration avec les partenaires du milieu. »
Des consultations seront également réalisées dans le cadre de la démarche afin d’alimenter le futur plan d’action, dont l’adoption est prévue en 2027.
Une fierté collective
Aujourd’hui, la Ville de Saguenay poursuit son travail avec une mobilisation plus forte que jamais. Au-delà des structures, des comités et des plans d’action, ce sont avant tout les personnes derrière ces démarches qui font avancer le dossier.
« Ce qui me marque le plus, c’est la sensibilité des collègues, leur capacité à voir au-delà des conséquences, des impacts et à se tourner rapidement vers des solutions. »
Pour elle, cette mobilisation est source de grande fierté : « Nous avons la chance de faire partie d’une organisation qui place les enjeux des personnes les plus vulnérables au cœur de ses préoccupations. Chaque action posée peut avoir un impact concret dans la vie des citoyens. »
À toutes les personnes qui contribuent, de près ou de loin, à ce travail : employés municipaux, organismes communautaires, partenaires institutionnels, élus et citoyens engagés, merci!
Parce que derrière l’itinérance, il y a bien plus que des procédures ou des interventions : il y a une communauté entière qui se mobilise pour prendre soin de ses membres les plus vulnérables.
Si vous avez des questions, commentaires ou besoin d'information à propos de l'itinérance, n’hésitez pas à nous contacter à l’adresse courriel : communautaire@ville.saguenay.qc.ca.
Les personnes présentées dans cet article représentent une partie seulement des équipes mobilisées. Le dossier de l’itinérance interpelle de nombreux services municipaux qui contribuent, chacun à leur façon, aux actions déployées sur le territoire afin de soutenir la population, favoriser la cohabitation harmonieuse et répondre aux enjeux émergents.