De receveur à ambassadeur du don d’organes
En cette Semaine nationale du don d'organes et de tissus, nous nous sommes entretenus avec Jérôme Paquet, capitaine à la Direction de la Surveillance du territoire, et ambassadeur important du don d'organes au Service de police de Saguenay. Il nous partage son histoire, et ce qui l'a motivé à s'engager auprès de cette cause qui représente beaucoup pour lui.
Une épreuve qui transforme une vie
Depuis l’enfance, Jérôme, vit avec une maladie rare du foie : la cholangite sclérosante. Pendant des années, elle ne l’empêche pas de mener une vie normale, ni de servir la population comme policier à la Ville de Saguenay. Puis, au printemps 2021, tout bascule.
« À partir de mai 2021, j’ai commencé à faire de fortes poussées de fièvre. Mon foie se dégradait rapidement. »
Les hospitalisations s’enchaînent. Ses canaux biliaires se bloquent complètement et des pierres, atteignant parfois la taille de balles de golf, causent des douleurs difficiles à imaginer. En tout, Jérôme passera près de cinq mois à l’hôpital. En tout, Jérôme passera près de cinq mois à l’hôpital. Pendant ce temps, sa conjointe et leurs enfants, poursuivent leur quotidien au Saguenay, à distance, dans un contexte de pandémie qui rend les visites rares.
L’attente, entre espoir et incertitude
Devant la détérioration rapide de son état de santé, l’inscription sur la liste d’attente pour une greffe du foie devient inévitable. Jérôme ne peut presque plus s’alimenter, perd plus de 50 livres et voit son avenir s’amincir à mesure que son corps s’affaiblit.
Au Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM), il partage l’attente avec d’autres patients, dont certains ne survivront pas.
« Je ne savais jamais si j’allais être le prochain. Un événement m’a particulièrement marqué : ma voisine de chambre, une femme d’à peu près mon âge, elle aussi mère et en attente d’un foie, est décédée subitement. »
À ce moment‑là, près de 900 personnes attendaient une greffe au Québec, et il n’y avait tout simplement pas assez de donneurs. Son foie, devenu dur comme de la roche, pourrait céder à tout moment. Ce qui le tient debout, c’est sa famille, ses proches, et une conviction profonde : il va se battre jusqu’au bout.
Le don d’une vie
Un soir de septembre, la nouvelle tombe : un donneur compatible a été trouvé. Rien n’est encore certain, mais l’espoir renaît. Les examens s’enchaînent. Puis vient le jour de la greffe.
« Quand on m’a confirmé que le foie était compatible, j’ai ressenti une immense gratitude. Quelqu’un, quelque part, me redonnait la chance de vivre. »
L’intervention est longue. La réadaptation exige patience et persévérance. À ce moment, Jérôme n’a qu’un seul objectif en tête : retrouver sa famille et reprendre son rôle de policier. « Aujourd’hui, peu de choses me semblent insurmontables. J’ai découvert une force intérieure que je ne soupçonnais pas. »
Après plus d’un an, Jérôme revient au travail.
« Mon employeur et mes collègues m’ont soutenu d’une façon remarquable. Cette épreuve m’a donné encore plus le désir de m’impliquer et de contribuer positivement à la société. »
Quand l’uniforme devient une chaîne de vie
Au Service de police de Saguenay, l’implication dans le transport d’organes ne date pas d’hier. Depuis plus de 20 ans, des dizaines de policières et policiers bénévoles sont appelés 24 heures sur 24 pour assurer le transport d’équipes médicales et d’organes destinés à la transplantation, principalement entre Chicoutimi et Montréal.
« Sans cette implication, la rapidité des transplantations serait directement affectée. C’est une véritable chaîne de vie à l’échelle du Québec. »
Pour lui, chaque mission prend une dimension particulière.
« Les moments les plus touchants sont ceux où je transporte un foie. J’ai alors la sensation profonde de redonner la vie. »
De receveur à ambassadeur
Jérôme s’implique maintenant auprès de l’organisme Chaîne de vie pour sensibiliser les jeunes du secondaire au don d’organes, et agit maintenant bénévolement comme coordonnateur auprès de l’Association canadienne des dons d’organes et de tissus (ACDO), afin de soutenir les transports d’organes et d’équipes médicales à travers la province.
Un seul donneur peut sauver jusqu’à huit vies.
« En racontant mon histoire, je souhaite surtout encourager les gens à discuter de leurs volontés avec leurs proches. Trop souvent, des familles refusent le don simplement parce qu’elles ne connaissent pas les intentions de la personne décédé. En parler peut tout changer. »
Protéger et sauver des vies, autrement
La mission première du SPS est de protéger et de sauver des vies. À travers l’engagement des policiers bénévoles et ce témoignage empreint d’humanité, cette mission prend une forme différente, mais tout aussi essentielle.
Aujourd’hui, Jérôme et sa famille vivent chaque instant avec gratitude.
« Le message que je souhaite transmettre, en partageant mon histoire avec les personnes en attente d’une greffe, est simple : tout est encore possible. La résilience permet de traverser les épreuves et, parfois, d’en ressortir plus fort. »